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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Le roman Glaise m’avait déjà conquise. Né d’aucune femme confirme mon enthousiasme pour la plume de cet écrivain ! Un roman sombre et cruel démontrant la prédation que certains hommes exercent envers autrui. Ils n’hésitent pas à piétiner et à briser des vies…

Gabriel est prêtre. Il est mandaté par une institution psychiatrique afin de bénir le corps d’une femme. Pensionnaire depuis longtemps, elle n’est jamais sortie de son internement. Le Père Gabriel est informé que des carnets sont dissimulés sous la robe de la défunte. Il est en charge de les prendre sans se faire remarquer. Le directeur de l’asile est très attentif à ce que rien ne sorte de son établissement.

Ce sont les carnets de Rose, internée elle aussi. Écrits en cachette, elle y raconte son histoire. A l’âge de quatorze ans, son père l’a vendue pensant sortir de la misère. Elle était l’aînée de quatre filles dans une famille très pauvre. Ils avaient besoin d’argent…

EXTRAIT

La terre n’avait pas créé les obstacles pour que les hommes les surmontent et se rapprochent ainsi du Ciel, elle les avait créés pour rien, simplement parce que çà lui chantait. Et elle mentait alors, avec aplomb et majesté, sans volonté de mentir, acoquinée aux saisons, se gardant bien de convaincre la souche et le cadavre. La terre n’aimait pas, ne haïssait pas, ne pensait ni au mal, ni au bien. Ne pensait pas. Les hommes dessus, misérables colons dans leur habit de sueur, avec ce besoin de tout nommer, de ramener la terre à une compréhension factice. Les hommes, qui avaient tant besoin de trouver des explications à ce qui ne demandait rien, quand il aurait fallu écouter, regarder la terre se pencher, aimanter toutes les formes de vie, la moindre particule minérale, et même les oiseaux finissaient toujours par se poser et les poussières par retomber. Mère de tout, qui ne se souciait aucunement de son innombrable marmaille occupée à une conquête illusoire. La terre, et le vaste ciel au-dessus, muet lui aussi, que l’on interrogeait pourtant, à qui l’on faisait dire ce qu’on avait envie d’entendre.

EXTRAIT

Je venais d’avoir quatorze ans. Je vivais à la ferme, avec mon père, ma mère et mes trois sœurs. Les Landes, que ça s’appelait. D’ailleurs ça doit toujours s’appeler pareil, étant donné que les endroits changent pas facilement de nom, même quand les gens s’en vont. On était quatre filles, nées à un an d’écart. J’étais l’aînée. Les filles valent pas grand-chose pour des paysans, en tout cas, pas ce que les parents attendent pour faire marcher une ferme, vu qu’il faut des bras et entre les jambes de quoi donner son nom au temps qui passe, et moi et mes sœurs, on n’a jamais eu de ce genre entre nos jambes.

Elle sera esclave au sens large du terme et prisonnière d’un maître de forge qui vit avec une mère acariâtre. Deux monstres dans une maison. Qu’attendent-ils d’elle ? Cet homme a une épouse qui est cloîtrée dans sa chambre et un médecin qui lui rend visite fréquemment. Rose a interdiction de pénétrer dans cette pièce. Elle est très intriguée…

Ma note : 5/5

Ce que j’en pense…

Un vrai coup de cœur pour ce magnifique roman noir !  Franck Bouysse, un conteur hors-pair, nous narre l’histoire d’une jeune fille de la campagne française à la fin du 19ème siècle. Que ressort-il de ce livre ? De l’humanité, de l’angoisse, la noirceur de l’âme humaine et les émois amoureux.

Un roman construit avec des mots précis qui nous invitent dans une ambiance rurale et terrifiante. L’auteur manie cette atmosphère avec délectation. Une jeune fille devenue femme dans la douleur mais qui refusera de se soumettre. Un livre coup de cœur !

L’auteur…

L'intensité de « Né d'aucune femme » de Franck Bouysse - YouTube

Franck Bouysse est un écrivain français, auteur de romans policiers. Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner. Professeur dans un lycée technique, il se lance en 2004 dans l’écriture avec la publication du roman, La paix du désespoir, dans lequel il s’attache déjà à la psychologie de ses personnages. Il récidive quelques années plus tard, en 2007, avec son premier roman noir L’entomologiste.

Dès 2008, paraît Le Mystère H. Avec ce titre, il entame une trilogie avec un « roman d’aventure qui revisite les grands mythes des romans noirs autour de la figure énigmatique du personnage de H. ». L’intrigue se situe à la fois dans les villes de Limoges et… à Londres, où se déroule plus précisément le second opus paru en mars 2010, Londres ou les ruelles sans étoiles.

En 2013, il déniche une maison en Corrèze, à quelques kilomètres des lieux de son enfance. Il achète la maison qu’il passera plus d’une année à restaurer. Un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit.

Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès. La renommée de ce roman va grandissant : les prix littéraires s’accumulent, notamment le Prix Polar Michel-Lebrun 2015, le Prix Polars Pourpres 2015 et le Prix SNCF du polar 2017. Au total, près de 100 000 exemplaires seront vendus.

Suivront Plateau (2015, Prix Chapel 2016 et Prix des lecteurs de la ville de Brive 2016), puis Glaise (2017), dont les succès confirment l’engouement des lecteurs et des professionnels pour cette œuvre singulière et puissante.

Il a reçu le prix Babelio de Littérature française 2019 pour Né d’aucune femme (La Manufacture de livres), Grand Prix des lectrices Elle – Policiers – 2019.

Sources : http://www.babelio.com

Né d’aucune femme
Auteur : Franck BOUYSSE

Publication : janvier 2019
Editions La Manufacture de livres
Nombre de pages : 336

ISBN 978-2-35887-271-3
Coût : 20,90€

Grand Prix des Lectrices Elle 2019
Prix des Libraires 2019
Prix Babelio 2019
Prix Psychologie Magazine 2019

Catégories :Auteur français Coup de cœur Littérature française Rentrée littéraire 2019 Roman noir

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