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Liberté de penser

 

«On va t’envoyer à Sharston !», ultime menace proférée à l’encontre de ceux qui ne rentraient pas dans « le moule » de l’Angleterre du début du xxème siècle.

Mais qui est ou qu’est-ce que « Sharston » ? Et bien tout simplement un asile ou une maison de fous dans le Yorkshire… ces immenses et anciens manoirs britanniques auxquels le froid, le brouillard et la pluie accrochent leur désespoir !

Il était si facile à l’époque d’enfermer les gens pour des raisons futiles ou simplement parce que l’on voulait s’en débarrasser pour des raisons très diverses. Il ne faisait pas bon être en situation de faiblesse ! C’est dans ce décor de 1911, alors que la Grande-Bretagne connait d’importants mouvements sociaux, que nous allons retrouver nos quatre protagonistes principaux : Ella Fay, John Mulligan, Clemency Church et Charles Fuller.

Ella a été internée car elle a brisé les fenêtres de la filature où elle travaillait depuis l’âge de huit ans dans un accès de rage. Clemency est une passionnée de littérature, bourgeoise de son état mais qui, trop souvent, disait ce qu’elle pensait. C’est son frère qui l’a faite interner et son père n’a rien dit. Il lui apporte seulement des livres à l’asile.  John est irlandais et rien que ça le mettait déjà sur les bancs de la société. A l’époque, les personnes de cette nationalité n’étaient pas bien vues par les britanniques. Charles, est en apparence un bon docteur. Il a récemment acquis la responsabilité des patients de Sharston. Dans le privé, c’est un passionné de musique.

EXTRAIT

Tu vas te calmer, oui ? résonnait la voix de l’homme. Tu vas te calmer, oui ? »

    Elle émit un son. Ç’aurait pu être oui. Ç’aurait pu être non, qu’importe, on lui retira brusquement la couverture de la tête et elle aspira l’air avidement.

    Une salle voûtée se déployait devant elle, éclairée par des lampes. Le sifflement ténu du gaz. Des plantes partout, et l’odeur du savon au crésol. Par terre des carreaux qui partaient dans toutes les directions, astiqués à fond, certains en forme de fleurs, mais les fleurs étaient noires. Comprenant qu’il ne s’agissait pas là d’un poste de police, elle se mit à crier, terrorisée, jusqu’à ce qu’une jeune femme en uniforme surgisse de l’obscurité et la gifle.

Comme toutes les femmes, Ella et Clemency s’occupent des tâches ménagères journalières dans le bâtiment des femmes et ne voient presque jamais la lumière du jour. John, avec les autres hommes, travaille dans les champs et s’occupe de tout ce qui est réparation des bâtiments.

En ce début du XXème siècle, nous nous retrouvons dans une ambiance de psychologie expérimentale où les malades n’étaient absolument pas protégés contre toutes les dérives. Les théories eugénistes de l’époque étaient particulièrement à la mode. Elles visaient à améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine. Il était donc inconcevable de laisser des malades mentaux procréer.

Charles Fuller, récemment affecté à son poste de médecin de l’institution, va mettre en place tous les vendredis un bal avec un orchestre où il jouera avec ses musiciens qu’il a choisi dans cette institution. Tout le monde ne peut pas y assister, c’est le docteur qui choisit les participants.

Ce médecin, écrasé par la personnalité de son père lorsqu’il vivait au domicile familial, pense se réaliser et régler ses comptes personnels dans ce nouveau poste. Ce bal est plutôt un terrain d’expérimentation pour lui. Il est totalement habité par la stérilisation des déficients mentaux et écrira à Winston Churchill, ministre de l’Intérieur, pour mettre en œuvre son plan et être le premier à l’appliquer.

EXTRAIT

Les infirmières levaient les gens de force, à présent. Ella vit Clem se frayer un passage vers le milieu de la piste. Elle était facile à repérer, tellement plus grande et plus droite que n’importe qui. Les hommes s’agglutinaient, se bousculaient, se pressaient pour qu’elle les choisisse comme partenaires de danse, sans pourtant qu’elle paraisse s’en rendre compte : elle n’arrêtait pas de jeter des coups d’œil à la scène. Elle semblait regarder le médecin, mais le médecin ne la regardait pas, non, il parcourait la foule des yeux, on aurait dit qu’il cherchait quelqu’un en particulier — jusqu’à ce que son regard se pose sur un homme assis presque en face d’Ella dans le coin le plus reculé de la pièce.

Mais c’est dans cette folie réelle des bien-pensants qu’Ella et John vont se rencontrer et vivre une histoire d’amour cachée avec l’aide de Clemency pendant un certain temps.

 

4 ETOILESMa note : 4/5

Ce que j’en pense…

Lecture très intéressante d’Anna Hope dans La salle de bal. L’action traite d’une histoire de maltraitance aussi bien dans le monde médical que dans la sphère privée en passant par le travail des enfants même si ce n’est pas le sujet principal.

A partir du moment où vous ne rentriez pas dans le cadre des bien-pensants, vous étiez dirigé vers un asile, une maison de fous… peu importe l’appellation, le résultat était le même. Il était très facile pour un de vos proches de vous faire interner.

Arrivé dans ces institutions, vous tombiez dans les mains d’apprentis sorciers avides de reconnaissance qui se servaient de vous comme terrain d’expérimentation physique ou moral.

Dans la psychiatrie de début du vingtième siècle, les dérives étaient fréquentes par manque de connaissances et soif de pouvoir sur les autres. Les évocations du principe de l’eugénisme, de la volonté de stérilisation pour tous les faibles et de la pensée de l’homme parfait sont du pur délire. De quel côté se situent les vrais malades mentaux ?

 

ETOILES NOIRES

La salle de bal d’Anna Hope – Traductrice : Elodie Leplat (anglais) –  Editions Gallimard – Publication : août 2017 – Nombre de pages : 400 – ISBN : 2072824478

 

Catégories :Auteur anglais Littérature anglaise Rentrée littéraire 2017 Roman

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