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Loin du mensonge

 

Lluis Carrera Blanco, Président du gouvernement espagnol, et bras droit de Franco, a été tué dans une explosion revendiquée par l’ETA (Euskadi Ta Askatasuna) le 20 décembre 1973. Ce même jour, Oyona naît alors qu’Iban, son père, décède. Sa mère lui révèle la vérité des années après la disparition d’un ami d’Oyona, Manex, tué accidentellement dans un bar lors d’une descente de police à la recherche d’activistes.

EXTRAIT

On avait fini par apprendre que la descente dans le bar était liée à un jeune recherché par la police depuis un attentat à Vittoria Gasteiz. La mort de Manex m’obligeait à m’interroger et à me rapprocher de ceux qui voulaient l’Indépendance. Je n’avais jamais compris où était le problème. Peut-être que mes ancêtres étaient basques et qu’on avait pêché la baleine et la morue et qu’on était des grands voyageurs, de grands navigateurs, peut-être que la langue basque était unique et que ses racines restaient un mystère, qu’on buvait du cidre, qu’on élevait des brebis, qu’on dansait en sautant, mais moi, j’étais née en France, j’avais suivi l’école en français, je venais d’avoir ma licence et je voulais voyager. Je n’avais jamais parlé basque à la maison avec mes parents. Pourquoi me serais-je mêlée de ces histoires d’indépendance ? Est-ce que la langue basque était en train de mourir ? Peut-être, peut-être pas, mais sinon à quoi servait-elle ? Pour moi, elle était le symbole d’un autre temps, d’une époque révolue, celui du clergé et de la religion régnant en maîtres sur les consciences. Je n’allais pas approuver les vieilles traditions de culs bénis pour le plaisir de faire partie de la bande. Mais Manex était mort et sa mort était liée à toutes ces histoires, je ne pouvais pas m’enlever ça de la tête.

Peu de temps après, elle rencontrera Mikel, militant confirmé, qui essaiera de la rallier à leur cause. Oyona n’est pas une activiste mais elle a acceptera de rendre service en conduisant un camion lors d’une opération. Cela ne se passera pas comme prévu et une mère et sa fille mourront. Ce ne seront que des « dommages collatéraux ».

Elle n’arrive plus à vivre, ressent une énorme culpabilité. L’ETA lui demande de les rejoindre ou elle sera exfiltrée avec interdiction de rentrer en France sous peine de…. Elle préfère l’exil et se retrouvera au Mexique sous le nom de Nahia Sanchez. C’est là-bas qu’elle rencontrera son mari Xavier, un médecin canadien. Ils rentreront à Montréal pour y vivre.

Les années ont passé et Xavier ne sait toujours pas qui est sa femme. Pour Oyona, le secret devient insupportable. Elle ne peut plus faire face à toutes ces années de mensonge. Un jour, une nouvelle tombe : dissolution de l’ETA le 2 mai 2018. Cela fait vingt-trois ans qu’elle vit à Montréal mais l’annonce de cette nouvelle provoque en elle l’envie d’un retour en France, au pays basque, région de son enfance, de ses souvenirs.

Elle prépare son départ sans rien dire, une vraie fuite en avant. Elle commence à écrire des lettres à son mari. Elle jette les mots sur les lignes, en désordre, comme ils viennent, pour tout lui expliquer sans jamais le quitter… Pas un instant, elle ne se doutera que Xavier avait peut-être aussi quelque chose à lui dire…

Ma note : 4/5

Ce que j’en pense…

4 ETOILESQuelle belle couverture ! L’œil est attiré par cette baleine sortant la moitié de son corps de l’eau pour se donner l’élan de parcourir son chemin.

L’esprit ne sera pas en reste avec ce roman d’Eric Plamondon où la fiction et l’histoire font bon ménage. Les allers-retours du passé au présent et vice versa nous ouvrent un pan de l’histoire du pays basque, de l’ETA et de la guerre d’Espagne qui dura de 1936 à 1939 à travers son héroïne écorchée, Oyana.

Des pièces de puzzles sont disséminées dans ce récit étayé de chapitres courts sur les faits perpétrés par l’ETA, ceux de la guerre d’Espagne et de la chasse traditionnelle à la baleine qui remonte le fleuve Saint-Laurent. Dans son livre précédent Taqawan, les saumons nageaient à contre-courant les rivières pour survivre et les Micmacs, peuple amérindien, se battait pour avoir le droit d’exister. Oyona nous offre aussi la lutte d’une histoire, d’une culture et de grands espaces.

L’identité, les remords, la rédemption, la culpabilité, les luttes et l’amour sont les thèmes de ce roman que j’ai beaucoup aimé et qui vous tient en haleine jusqu’à la fin car le dénouement est totalement inattendu !

 

ETOILES NOIRES

Oyona d’Eric Plamondon – Quidam éditeur – Publication : février 2019 – Nombre de pages : 147 pages – ISBN : 978-2-37491-093-2

 

 

Catégories :Auteur québécois Littérature canadienne Rentrée littéraire 2019 Roman

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