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Les hommes se rêvent-ils toujours en héros ?

COMMENT VIVRE EN HEROSTristan, étudiant timide et réservé de terminale, pratique la boxe et est secrètement amoureux de Séverine. Il n’espère qu’une chose : la séduire.
Un jour celle-ci lui demande si la rumeur qui court au lycée est vraie.
Il parait qu’il a abandonné son coach de boxe, Bouli, alors qu’il se faisait rouer de coups par trois jeunes. Tristan baisse la tête… oui c’est vrai.
EXTRAIT
Le jeune gars repoussait brusquement Bouli. Et là, cela allait mal tourner, c’est sûr, pensa Tristan. Mais le jeune type n’était pas seul, il avait avec lui deux copains aussi costauds qui n’avaient pas l’air de privilégier la discussion. Bouli jeta un coup d’oeil à Tristan, qui se sentit rempli d’effroi. Il avait seize ans, pas du tout la carrure des hommes qui se trouvaient devant lui, il n’avait jamais été très courageux et il s’était promis de ne jamais se battre dans la rue (le métro était encore pire que la rue puisque c’était un espace fermé). Alors que Bouli lançait son terrible poing, une vague de peur submergea l’adolescent, et au moment où le poing de Bouli écrasait le nez de son agresseur, un petit cri d’écureuil lui échappa, qui ressemblait très peu à un cri de guerre. Les deux autres hommes se précipitèrent sur Bouli, composant une masse épaisse, bloquée et ébouriffée dans le compartiment. Là, si Tristan avait été à la hauteur, il se serait jeté sur la masse, ne serait-ce que pour distraire l’un des agresseurs de Bouli, mais il ne sut que rester immobile et terrifié, alors que le gars au nez écrasé revenait dans la bagarre, un éclat d’acier au poing que Tristan saisit dans sa conscience effarée.
La honte qu’il ressent et qui lui colle à la peau depuis cet événement est décuplée face à la jeune fille. Il ne peut plus articuler un mot, il s’enfuit. Comment peut-il avouer qu’il ne supporte pas la violence et qu’il s’est retrouvé paralysé devant une telle situation ? C’est inexplicable. Humilié jusqu’au plus profond de son être, il ne verra plus Séverine. Les anti-héros n’ont pas la cote au lycée…
Les années passent et Tristan devient professeur d’histoire dans un collège de Vinteuil, ville populaire de la banlieue parisienne. Il a toujours conservé une mauvaise estime de lui.
Son père, ancien héros de la dernière guerre mondiale, grand amateur du champion de boxe Marcel Cerdan, pratiquant lui-même ce sport avait mal digéré le déshonneur de son fils vis à vis de son entraîneur et le considérait comme un poltron. Il lui disait toujours qu’il fallait qu’il se conduise en « héros » dès la première occasion.
De plus, l’ascension sociale de Tristan au poste de professeur de lycée ne fait que le courroucer un peu plus car il aurait souhaité que son fils suive son chemin, c’est-à-dire qu’il embrasse une carrière d’ouvrier inscrit au Parti Communiste comme lui. Il ne supporte pas « les bourgeois ».
Tristan traînera sa mésestime comme un boulet et une bonne partie de sa vie en découlera. Au collège où il enseigne, il a des difficultés à se faire respecter par ses élèves, sa classe n’est qu’un tohu-bohu général. Pour toutes ces raisons, le proviseur le déprécie. Tristan pense que sa nouvelle vie tourne à l’ancienne et cela le décourage.
Un jour, il décide de sortir de ce tourbillon de manque de confiance en lui et reprend l’entrainement de boxe au gymnase de l’établissement où il enseigne. Ses élèves sont surpris de le voir. Tristan se sent un peu pataud car cela fait des années qu’il n’avait pas remis des gants. Un de ses étudiants, un « gros dur », le provoque sur le ring.
Les automatismes de boxeur sont réactivés par instinct de défense et Tristan prend le contrôle de la situation. A partir de ce moment là, tout le collège le respecte et sa classe est redevenue silencieuse pendant les cours.
Première étape pour regagner l’estime de soi et le respect des autres ?
Dans le train, il sauvera in extremis Marie d’une bande de jeunes qui s’apprêtait à la violenter alors qu’il ne l’avait pas fait pour une autre jeune femme quelques temps auparavant. Sa peur le paralysant, il avait eu juste prévenu la police. Il ne veut pas que cela se reproduise et en trente-huit secondes il réagira et tournera le dos à sa peur. Marie tombera amoureuse de son sauveur.
Deuxième étape pour changer sa vie ? Rencontrer les bonnes personnes.
A partir de ce moment, rasséréné, sa vie va complètement changer. Marie vient d’une famille aisée et lui fera connaître un luxe jusqu’à présent inconnu pour lui, issu d’une famille ouvrière. Ils se marieront et auront une fille, Julie et un garçon, Alexandre.
Le beau-père de Tristan, député, ayant deviné les possibilités de son gendre va le sortir de sa voie d’enseignant pour le propulser sur le fauteuil de Maire de Vinteuil.
La progression sociale de Tristan, qui aimerait fonder son action sur le progrès culturel, le respect et la justice se retrouvera à accepter la compromission et les rapports de force.
Sa vie croisera des hommes et des femmes de son passé qui le déstabiliseront malgré l’énergie de cohésion que sa femme Marie tentera maintenir pour sa famille.
Il comprendra que la place du héros pour son père n’a pas été facile et ne le sera pas non plus pour son fils. Il se remettra en question et reverra son concept de l’héroïsme.
Ma note : 4/5
Ce que j’en pense…
La vie de Tristan est-elle un conte de fée ou un karma ?
Etre un héros ordinaire n’est pas une mince affaire et l’auteur se demande comment faire ! Nous sommes souvent confrontés à des contradictions et nous devons constamment composer. Notre éducation, la société, nous pousse vers ce chemin de l’excellence si difficile à obtenir. Pourquoi ? Parce qu’il ne dépend pas seulement de notre unique volonté mais aussi de bonnes rencontres. L’auteur nous ouvre la route des possibles pour son héros, Tristan…
Dans son livre, Fabrice Humbert nous propose sa méthode pour inverser le cours de l’existence d’un homme du quotidien. Plusieurs choix de chemins de vie sont possibles en fonction des décisions prises, de l’évolution de ces options, des acteurs qui entrent en scène et qui nous mènent, à leur tour, vers d’autres voies. La combinaison est infinie.
L’histoire touchante de Tristan peut sembler un peu banale au premier regard mais si nous nous attachons à ses pas, nous observerons des similitudes avec la vie de beaucoup d’entre nous. Notre sort reste t-il toujours entre nos mains et quels sont les bons comportements à adopter ? La loi de la force est-elle toujours indispensable ?
C’est un roman sur la violence des banlieues sombres de la région parisienne, d’une société sans complaisance ou l’idéologie et la pureté se mêlent aux compromissions et à l’argent et des idéaux perdus. Qu’est-ce que l’héroïsme d’une vie qui impose des accommodements et des renoncements ?
Sur une cinquantaine d’années, Fabrice Humbert scrute les moments cruciaux des existences, l’instant décisif où tout peut basculer. Nous sommes tous des héros avec ce que nous ont transmis – ou pas – les anciennes générations et nous ne pouvons donner que ce que nous avons.
L’auteur n’a pas répondu à la question du titre de son livre. Peut-être que la réponse sera plus évidente pour le lecteur mais dans tous les cas, la route des possibles est ouverte !
Comment vivre en héros ?
Auteur : Fabrice Humbert
Editions : Gallimard
Publication : Août 2017
Nombres de pages : 411

Catégories :Roman

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