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Haïti, terre des opprimés

AVANT QUE LES OMBRES SEFFACENTIncroyable parcours que celui de Ruben Schwarzberg qui, très jeune, a quitté la ville de Lödz en Pologne avec sa famille pour s’installer à Berlin.
Son père, fourreur, possède un atelier dans la capitale allemande et travaille beaucoup. Sa mère est une passionnée de la langue française et sa sœur aînée, Salomé, est une véritable « petite mère » pour lui. De son côté, Ruben a entrepris des études en médecine. Il est très apprécié de ses professeurs. C’est pendant sa deuxième ou troisième année de médecine que le « petit caporal », Hitler, accéda au pouvoir durant l’hiver 1933.
De confession juive, cette famille devra fuir l’Allemagne suite à la progression du nazisme. Depuis les lois raciales de Nuremberg, les persécutions, les actes criminels et les discriminations avaient envahi le quotidien.
Salomé et son mari, Jürgen, tout juste mariés, leurs parents et leurs grands-parents réussiront à obtenir une demande d’asile pour les Etats-Unis. Sa tante Ruth choisira la Palestine. Mais les portes se sont fermées sans explication pour Ruben et son oncle Joshua. Peut-être que le fait d’être majeurs et célibataires a joué en leur défaveur.
La tante Ruth étant partie précédemment, Ruben et Joshua accompagne leur famille au port de Hambourg pour l’embarquement. Afin de ne pas éveiller les soupçons et dans la mesure du possible, les départs d’un même foyer s’échelonnaient sur plusieurs jours.
C’est en reprenant le chemin de la gare de Hambourg pour attraper un train en direction de Berlin que Ruben et son oncle seront appréhendés et internés dans le camp de Buchenwald.
EXTRAIT
C’est à ce moment-là, il devait être aux alentours de 10 h 45, que les trois hommes, deux en uniforme marron, culottes de cheval et képi, l’autre en imper civil, brassard autour du bras gauche, borsalino beige rabattu sur le front, s’étaient matérialisés devant eux. Comme surgis de l’enfer. Tout à leur discussion, Ruben et son oncle ne les avaient pas entendus s’approcher. Les miliciens les avaient serrés et leur avaient ordonné de les suivre. Oncle Joe et lui n’avaient pas opposé de résistance, ni même essayé de demander pourquoi : ils savaient.
Grâce à son ancien professeur de l’école de médecine, ils sortiront tous les deux de ce camp. Le 13 mai 1939, ils embarqueront en direction de Cuba où ils se retrouveront entourés de familles vivant le même cauchemar.
Malheureusement, même avec des papiers en règle, l’entrée de La Havane leur est refusée ainsi que le débarquement aux Etats-Unis et au Canada. Ces deux pays ne voulaient pas dépasser leur quota de réfugiés, craignant surtout que des espions allemands se soient glissés parmi les passagers.
Après de vaines tractations, le bateau repart vers l’Europe et tous ces migrants se retrouveront dispatchés entre la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France. C’est ainsi que Ruben arrivera à Paris en ayant l’adresse d’un contact en poche, celui d’Ida, femme haïtienne, que lui avait transmis Johnny, un prisonnier américain connu à Buchenwald.
Au fur et à mesure, il s’intégrera à un groupe d’haïtiens et restera quelques temps dans la capitale avant d’essayer de repartir pour Haïti. En faisant jouer leurs relations, ses amis l’aideront à obtenir des papiers. Le jour de la récupération de son passeport, il sera arrêté par des policiers trop zélés et interné dans le camp d’Argenteuil. Inquiets de ne plus le voir, ses compagnons remuèrent tout Paris et actionnèrent leurs contacts diplomatiques pour le retrouver. Ruben doit sa libération à leur ténacité. Il prendra la direction du Havre où il embarquera pour Port-au-Prince.
Dès son arrivée, il s’intégrera facilement grâce aux recommandations et aux adresses que lui avait fourni sa maîtresse haïtienne-parisienne. Il remarquera tout de suite l’empreinte des américains laissée dans cette ville alors que l’occupation s’était achevée cinq ans auparavant.
Trois mois après, Ruben prendra la décision de ne pas rejoindre les siens aux USA et deviendra citoyen haïtien. Il décidera de faire sa vie et sa carrière de médecin à Port-au-Prince.
Ma note : 4/5 
Ce que j’en pense…
 
Ce beau roman est l’histoire d’une transmission sur quatre générations qui met aussi en exergue le rôle d’Haïti, terre d’accueil pour les juifs.
En 1939, Haïti a adopté un décret-loi afin d’octroyer la naturalisation immédiate à tous les juifs qui le souhaitaient car c’était le premier peuple de l’histoire contemporaine à avoir aboli l’esclavage sur son sol.
Ruben est l’un deux. Il a maintenant 95 ans et suite au séisme de 2010 en Haïti, il est surpris de voir arriver d’Israël la petite-fille de sa tante, Deborah, médecin elle aussi et qui fait partie d’une organisation humanitaire. C’est à elle qu’il va dévoiler tout son parcours depuis la Pologne, en passant par l’Allemagne, Paris jusqu’à Port-au-Prince.
La trame de ce livre se base sur des faits historiques et certains personnages ont bien existé comme les artistes haïtiens habitant Paris pendant l’entre-deux-guerres.
Cette sombre période, ne fera pas oublier à l’auteur, Louis-Philippe d’Alembert, l’humour, l’autodérision et la légèreté qui caractérisent son récit.
Avant que les ombres s’effacent est une très belle histoire qui nous fait découvrir les actions méconnues d’un pays pendant la seconde guerre mondiale en lui rendant hommage ainsi qu’à la générosité du peuple haïtien.
Les mots qui me viennent à l’esprit pour ce récit : tendre, généreux, courageux, plein d’humanité, d’amour et de vie !
Avant que les ombres s’effacent
Auteur : Louis-Philippe d’Alembert
Editeur : Sabine Wespieser
Publication : Mars 2017
Nombre de pages : 296
ISBN : 978-2-84805-215-1

Catégories :Roman inspiré de faits historiques

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