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L’insoumise …

L’autrice, Anaïs Barbeau-Lavalette nous livre le roman biographique de sa grand-mère, Suzanne Meloche, qu’elle a à peine connue et qui est considérée comme une poétesse et plasticienne québécoise, membre du mouvement des automatistes québécois.
Nous sommes au Canada à l’époque des « Bennett Buggy ». Ces fameuses voitures motorisées mais tirées par des chevaux car nous sommes au moment de la grande dépression et l’essence manque. L’inflation était galopante, tout était trop cher.
Ces années noires seront marquées par les pertes d’emplois et la misère. Au Canada, le taux de chômage passe de 4,2% en 1929 à presque 27% en 1933. La crise est terrible et l’assurance chômage n’entrera en vigueur qu’en 1940.
Femme emplie de liberté, de rêves et d’espoir …
Suzanne naît dans un quartier très modeste d’Ottawa. Son père, Achille, est professeur. Sa mère, Claudia, joue du piano et a une adoration pour Maurice Duplessis, premier ministre canadien de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959. Un portrait de lui, triomphant, est accroché dans la maison. La considération de cet homme politique envers les femmes se limitait à cette définition :
EXTRAIT
« Le droit de vote aux femmes est inconstitutionnel, puisque l’Acte de 1791, stipule que seules les « personnes » peuvent voter et que la définition du mot « personne » ne s’applique qu’au sexe masculin ».
Elle adore Achille, son père, qui lui fait visiter le « Hole », premier bidonville canadien. Elle est très jeune mais lui veut qu’elle comprenne la dureté de la vie, qu’elle la touche du doigt. Elle est terrorisée par la pauvreté qu’il y règne.
EXTRAIT
Aujourd’hui, Achille arrête le Bennett buggy devant le Hole, un amas moisi d’abris de fortune. Une odeur de sardines et de pisse sèche flotte dans ce qui reste d’air. De la musique … Les Boswell Sisters ? … griche au loin. Quelques cordes à linge éparses prennent soin des haillons d’une famille en mode survie.
Le Hole a l’air d’avoir mille ans, mais il est neuf. Le Hole est l’un des premiers bidonvilles du pays.
Nous sommes en mai 1945, fin de la deuxième guerre mondiale et maintenant notre héroïne a dix-huit ans. Elle décide de quitter sa famille ainsi que la misère et part pour Montréal. Elle y passera le concours de l’art oratoire qu’elle remporta.
Elle rencontrera Claude Gavreau, candidat malchanceux du même concours. Il lui fera connaitre Paul-Emile Borduas, professeur à l’école du meuble pendant les années 40 ainsi qu’un groupe de jeunes qui gravite autour de lui dont Marcel Barbeau qui sera le futur mari de Suzanne.
Les éléments de ce groupe sont les auteurs d’un manifeste artistique, le Refus Global, pour la démocratisation de l’art. Tous le signent. Son auteur, Paul-Emile Borduas, remet en question les valeurs traditionnelles et rejette l’immobilisme de la société québécoise. Suzanne retirera sa signature au dernier moment.
La publication de ce manifeste interviendra  en août 1948 à Montréal par les Automatistes, groupe d’artistes du Québec réunis autour de son créateur, Paul-Emile Borduas.
Suzanne se mariera avec Marcel Barbeau et ils feront tous les deux partie de ce mouvement avant-gardiste. Ils auront deux enfants : une fille, Manon, surnommée Mousse et un garçon, François.
Marcel peint mais travaille aussi comme boucher chez son oncle pour faire vivre sa famille. Suzanne aime écrire et peindre. A la naissance de François, elle se sent seule car Marcel est à New-York où sa carrière est en pleine ascension. Lorsqu’il rentre au Canada, elle décide de tout plaquer, enfants et mari. Elle n’en peut plus, elle a besoin d’exister. Elle ne supporte plus l’asservissement familial.
Les enfants sont placés. Marcel n’oppose pas de résistance aux choix de son épouse. Mousse ira chez les deux tantes de Marcel qui vivent ensemble et le petit François chez un couple d’embaumeurs qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. Mousse a trois ans, François un an.
EXTRAIT
Ma mère a toujours peur qu’on l’abandonne encore.
Même si une mère, ça ne s’abandonne pas, il faut faire attention parce que, pour elle, ça n’est pas si clair que ça.
Dans sa soif de liberté, Suzanne, rencontrera Peter qui sera son compagnon et la suivra pendant plusieurs années. Ils iront en Gaspésie, reviendront à Montréal, puis Bruxelles et dans la banlieue de Londres où résident les parents de Peter. Quelques temps plus tard, elle repartira, seule, après avoir avorté de l’enfant de Peter.
Mousse a neuf ans maintenant. Suzanne l’appelle et lui demande si elle veut revenir vivre avec elle mais elle refuse tant l’insécurité lui fait peur. Elle préfère vivre avec ses deux tantes qui la rassurent.
Suzanne  partira vers New-York en plein quartier de Harlem au moment de la ségrégation. Elle manifeste pour les droits des personnes de couleurs et se retrouve confrontée au Ku Klux Klan.
Le dernier homme de sa vie sera plus jeune qu’elle. Elle l’a trouvé sur le bord du trottoir avec toutes les séquelles de la guerre du Vietnam. Elle espérait pouvoir le sauver …
Suzanne restera solitaire. Elle s’enferme dans la méditation. Cela l’aide à conserver la tête hors de l’eau. Elle n’acceptera pas de revoir son fils qui lui quémande une larme d’amour maternel. Elle est dans un déni complet par rapport aux souffrances qu’il ressent. Elle ouvrira seulement une fois la porte à sa fille et sa petite fille et elle leur offrira un thé mais surtout à ne pas renouveler !
Cette femme-artiste est une plaie ouverte et n’arrive pas à panser ses blessures. Elle est dans un déni total.
EXTRAIT
Tu vis en ermite dans un immeuble de plusieurs étages. Bouddha et le canal Rideau devant ta fenêtre sont tes principaux interlocuteurs.
Tu pratiques la méditation. Tu essaies de sortir de ton corps que tu ne supportes plus.
Tu es retournée te réfugier à Ottawa. Tu te rases la tête, tu te dissous dans l’air.
Tu pratiques le zazen qui prône une « retour au moi », qui te conforte dans ta réclusion.
Ma note : 3/5
 Ce que j’en pense…
Ce portrait de femme en quête de liberté, d’engagements et d’espace me laisse interrogative.
Curieuse de tout, elle a picoré son talent dans différents domaines comme la peinture, la poésie et l’art oratoire. Peut-on juger ses choix ? Non, bien sûr, mais si on fait le bilan de sa vie, ceux qui ont payé le prix fort sont ses enfants et surtout son fils.
Anaïs Barbeau-Lavalette ne fait pas de sa grand-mère une héroïne mais réhabilite l’artiste qu’elle était. Elle remet en ordre les évènements traversés par cette femme-artiste même si parfois se dégage un portrait d’elle qui ne nous est pas forcément toujours sympathique.
Elle nous décrypte ses forces et ses faiblesses. Le chemin choisit par Suzanne Meloche  n’était pas évident à l’époque où tout était à construire au Québec. Que faire lorsque l’on étouffe dans sa vie ?
Cette lecture est une réflexion sur la liberté, la création et l’amour maternel.
La femme qui fuit
Auteur : Anaïs Barbeau-Lavalette
Editeur canadien : Marchand de feuilles
Parution : 2015
ISBN : 978-2-923896-50-2
Nombre de pages : 378
Editeur français : Livre de Poche
Parution : 2017
ISBN-10 : 2253070750
ISBN-13 : 978-2253070757
Nombre de pages : 448
Prix des libraires du Québec 2016

Catégories :Auteur Canadien Littérature canadienne Roman biographique

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