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Séisme familial

HIBISCUS BLOGAvec l’Hibiscus Pourpre, l’autrice, Chimamanda Ngozi Adichie, nous emmène dans la vie de Kambili, adolescente de 15 ans qui vit avec son frère aîné de 17 ans, Jaja, dans une famille (très) aisée au Nigéria.
Elle est en admiration devant son père, Eugène, qu’elle considère presque comme un dieu vivant. Celui-ci est un catholique fondamentaliste et considéré comme un pur produit du colonialisme. Il élève ses enfants dans le strict respect de l’église catholique : la crainte de l’enfer et le surpassement de soi. Le souci de droiture d’Eugène flirte avec la tyrannie ce qui lui occasionne aussi quelques problèmes relationnels avec son propre père et sa sœur Ifeoma ainsi que son épouse.
Notable influent, propriétaire d’usines à biscuits et de boissons, Eugène est respecté pour les biens qu’il possède ainsi que sa générosité vis-à-vis de ceux qui font partie des mal lotis sans oublier les associations caritatives auxquelles il ne manque pas de contribuer. Son courage politique est reconnu de tous car il possède le seul journal indépendant du pays qui s’oppose à la junte militaire arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat.
C’est un père et un mari tyrannique aveuglé par ses préceptes religieux et prodiguant à ses enfants des châtiments dignes du Moyen-Age sans oublier un petit rappel occasionnel à son épouse. Mais c’est pour les faire revenir dans le droit chemin …
EXTRAIT

— Qu’est ce qui t’est arrivé au petit doigt ? demanda Chima

Jaja baissa les yeux lui aussi, comme s’il ne remarquait que maintenant le doigt noueux, déformé comme un bâton desséché.

— Jaja a eu un accident dit rapidement Tatie Ifeoma […]

Quand son regard croisa le mien, je détournai la tête. Elle savait. Elle savait ce qui était arrivé au doigt de Jaja.

A l’âge de dix ans, Jaja avait raté deux questions dans son contrôle de catéchisme et il n’avait pas été nommé meilleur élève de son cours de première communion. Papa avait emmené Jaja en haut et fermé la porte à clef. Jaja, en larmes, était ressorti en tenant sa main gauche avec sa droite et Papa l’avait conduit à l’hôpital Saint Agnès. Papa pleurait, lui aussi, en portant Jaja dans ses bras comme un bébé jusqu’à la voiture. Plus tard Jaja me dit que Papa avait épargné la main droite car c’est la main qui écrit.

Lorsque la crise politique s’accélère au Nigéria, Eugene reçoit des menaces à son journal et son associé aura malheureusement droit à un traitement de faveur de la part de l’armée. Il met ses enfants en sécurité chez leur tante Ifeoma dans la ville de Nsukka où ils retrouveront leurs cousins qu’ils ne connaissent quasiment pas. Une autre vie sans chauffeur ni servante et surtout sans sermons ni punitions s’ouvre à eux !
Nous découvrons la réalité journalière d’une grande partie de la population nigériane avec toutes les inégalités et les difficultés comme les coupures de courant, les pénuries d’essence etc … mais aussi la famille de leur tante, pleine de joie, de rires et de bonne humeur.
Kambili et Jaja réalisent que la vie est moins douce sur le plan matériel mais découvrent la gaieté d’un foyer où la liberté de parole avec les adultes n’est pas étouffée. Ils commencent à savourer des moments de vie « normale » pour des adolescents.
Kambili voit son frère se prendre de passion pour les fleurs d’hibiscus que sa tante cultive avec le plus grand soin. Notre jeune fille s’éprend d’un visiteur de la famille qu’elle ne peut pas aimer mais qui lui apprend petit à petit à vivre en dehors du carcan paternel despotique.
La Kambili de la fin de cette histoire n’a plus rien de commun avec la jeune fille naïve des débuts. Avec plus ou moins de brutalité, notre héroïne aura vécu des bouleversements existentiels qui l’amèneront sur les chemins d’une liberté de penser. Mais il ne faut pas oublier le personnage plus discret de Jaja, qui le premier, se rebellera contre le joug paternel et dont nous saisirons l’ampleur de cette révolte et son sens du sacrifice au fil des pages …
 Ma note : 4/5
Ce que j’en pense…
Chimamanda Ngozi Adichie parle de son pays avec un sens du détail aiguisé : la culture, les croyances, l’évocation des arbres, des plantes, la nourriture, les mentions faites aux rites et aux coutumes etc … Certains mots sont transcrits en « Ibo » ou « Igbo », langage parlé au Nigéria par environ 20 à 35 millions de personnes surtout dans le sud-est du pays, anciennement appelé le Biafra.
Sur fond de putsch et de révoltes étudiantes ce roman traite de la complexité des liens familiaux tissés à force de peur et de violence, mais aussi sur les questions du respect de l’identité et de la culture d’un pays. Toutes ces fractures font obstacle à la cohésion du Nigéria et détruisent la vie et les espoirs des habitants.
La manipulation est le maître-d’œuvre de l’autorité paternelle et maritale. Le titre de cet ouvrage ne nous laisse absolument pas présager de la lutte engagée entre la tradition et la religion saupoudrée de quelques châtiments corporels. Le bien et le mal se confondent derrière les apparences d’une famille « bien sous tous rapports ». 
L’hibiscus pourpre est un roman du passage de l’enfance vers un monde d’adultes, un roman d’émancipation sous des apparences simples mais qui cachent la violence du fanatisme et les conséquences évidentes sur le milieu familial.
Le poids de la religion dans la sphère culturelle et sociale y est plus que présent. Ce roman est un monologue tout en profondeur et en finesse sur les interrogations et l’évolution de Kambili. Impossible de rester indifférent !

L’Hibiscus pourpre

Titre original : Purple Hibiscus (2003)
Autrice : Chimamanda Ngozi Adichie
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Editions Anne Carrière, 2004
377 Pages
ISBN-10 : 2253113298
ISBN-13 : 978-2253113294

Catégories :Auteur nigérian Roman

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